Déclaration à propos du coup d’État du 3
août 2005
A PROPOS DES MESURES DE TRANSITION ANNONCE ES PAR LE PRÉSIDENT DU CONSEIL
MILITAIRE
Samedi 6 août 2005, le
Président du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie, le Colonel Ely
Ould Mohamed Vall a reçu l’ensemble des partis politiques de notre pays. Il a
prononcé une allocution dans laquelle il a procédé à une analyse rétrospective
de l’expérience politique de notre pays, de l’indépendance à nos jours. Tirant
les leçons de l’expérience du parti unique (PPM) et des Structures d’Education
des Masses (SEM) et de leurs conséquences néfastes, M. Ely Ould Mohamed Vall a
estimé que le processus de démocratisation amorcé au début des années 90 est la
meilleure expérience qu’a connue notre pays. Le germe mortel de cette
expérience, selon lui, se trouvait, néanmoins, dans la confusion entre le rôle
de Président du PRDS et celui de Président de la République. Le Président de la
République et son parti, le PRDS, bénéficiaient ainsi de tous les avantages,
viciant alors la vie politique du pays. Dans la mesure où il était devenu
impossible de modifier cet état de fait, il n’y avait d’autre choix, selon lui,
pour éviter à notre pays une situation comparable à celle de la Côte d’Ivoire ou
de la Somalie, que celui choisi par les forces armées le 3 août 2005.
M. Ely Ould Mohamed Vall se
propose de réviser la constitution en réduisant le nombre de mandats
présidentiels à deux, et leur durée à quatre ou cinq ans, tout en modifiant
l’article 104. Le délai de la révision constitutionnelle ne devrait pas excéder
un an, et les élections présidentielles et législatives seront organisées dans
deux ans au maximum. Le Président du Conseil Militaire, les membres dudit
Conseil, le premier ministre ainsi que les membres du gouvernement de transition
ne seront pas éligibles. Le Conseil militaire et le gouvernement s’abstiendront
de soutenir un quelconque parti politique et se dissoudront dès la fin du
processus électoral. Une Commission Nationale Electorale, dont les attributions
seront définies après consultation, accompagnera le processus et des
observateurs extérieurs seront admis. M. Ely Ould Mohamed Vall a
particulièrement insisté sur la sincérité absolue de ses propos et sa volonté
inébranlable d’aller jusqu’au bout du processus. Il a affirmé sa disponibilité à
rencontrer l’ensemble des acteurs politiques, à leur demande, pour discuter de
l’ensemble de ces questions. En outre, des débats, dont il n’a pas précisé la
forme, permettront d’approfondir les échanges et les points de vue des uns et
des autres.
L’UFP, après avoir procédé à
une analyse approfondie de l’allocution du Président du Conseil Militaire, se
félicite de son contenu, ainsi que des accents de modestie et de sincérité qui
s’en dégagent. Depuis plus d’un an, constatant la crise profonde que traverse
notre pays, à la fois au plan politique, économique et social, l’UFP s’est battu
pour convaincre, en particulier l’ex-Président, de l’urgence et de l’impérieuse
nécessité de réformer profondément le mode de gestion des affaires du pays, sur
des bases consensuelles. Les propositions avancées par le Président du Conseil
Militaire répondent aux aspirations du peuple et aux revendications de
l’opposition. L’UFP, comme par le passé, animée par les intérêts supérieurs de
notre pays et de son peuple, ne ménagera aucun effort pour contribuer au succès
d’une transition pacifique sur la base de ces propositions, ainsi que leur mise
en œuvre effective.
Pour qu’il en soit ainsi, l’UFP
estime qu’il est essentiel, sous la forme la plus judicieuse, que le Conseil
Militaire et l’ensemble des acteurs politiques et de la société civile,
parviennent à un accord qui, sur cette base, engage solennellement l’ensemble
des parties. En effet, pour la stabilité du processus, le consensus minimal est
indispensable pour prévenir et maintenir dans des limites tolérables pour la
paix civile les tensions et pressions extérieures et intérieures (régionales,
tribales et politiques) qui ne manqueront pas de s’exercer et de menacer notre
pays d’une dérive chaotique.
Le Président du Conseil
Militaire a suggéré que des débats soient organisés autour de l’ensemble des
préoccupations qu’il a évoquées. En vue d’assurer l’efficacité de ces débats et
le suivi de la concertation entre les acteurs, de garantir la mise en œuvre des
conclusions auxquelles ils aboutiront, il est primordial d’en définir le cadre,
certes souple et permanent. L’UFP propose que les consultations nécessaires
soient menées dans les meilleurs délais, pour parvenir à des conclusions
emportant l’adhésion de toutes les parties concernées, sous l’égide du
gouvernement de transition.
Le coup d’Etat du 3 août 2005
a eu lieu dans un contexte international difficile où cette forme de prise de
pouvoir engendre, généralement, des sanctions pouvant être particulièrement
préjudiciables à la vie des populations et à l’économie du pays. Il n’y a pas
d’autre voie, pour éviter une situation aussi dramatique que celle du consensus
entre les principaux acteurs de la scène publique.
Le Président du Conseil a
commencé à dresser un bilan rétrospectif de l’expérience de notre pays qui
mérite d’être approfondi. Il y va de notre besoin d’assurer l’unité de notre
peuple et de l’ensemble des forces vives du pays. Les conditions d’existence de
l’immense majorité du peuple sont inquiétantes, en particulier avec la famine
qui sévit dans les campagnes et les grandes agglomérations. La déliquescence des
piliers de l’Etat, la corruption qui gangrène l’administration, la justice, la
police, menacent l’existence du pays. L’économie est sous l’emprise de groupes
de plus en plus restreints dont certains s’engagent dans des pratiques
maffieuses avérées. Nous devons, avec courage et détermination, avoir en vue
cette situation d’ensemble, afin de trouver un début de solutions viables et
durables à ces questions fondamentales. La propension, au niveau de certaines
formations politiques, à croire que le moment est venu de s’emparer et
s’approprier du pouvoir de manière solitaire, est une démarche particulièrement
dangereuse pour la transition. C’est là l’une des sources de la crise et de
l’instabilité endémique de nombreux pays africains. Nous devrions nous en
prémunir, en privilégiant le dialogue et l’esprit de compromis.
Ensemble, sur des bases
consensuelles minimales, dans un cadre de concertation convenu entre l’ensemble
des forces vives du pays, il est possible d’engager le pays dans une transition
dont l’issue sera salutaire pour tous et pour chacun. A nous tous d’y
travailler !
Nouakchott,
le 08 Août 2005-08-08
La
Présidence
Depuis son installation, le nouveau régime militaire a
adopté une série de décisions et annoncé des mesures concernant la vie politique
et institutionnelle du pays sans concertation ni discussion préalable avec les
acteurs politiques et ceux de la société civile, en dépit des attentes et des
sollicitations de l’opinion publique nationale et internationale. La persistance
du nouveau régime dans cette politique unilatérale des faits accomplis
conduirait le pays vers son complet isolement international, ouvrirait la voie
aux règlements de compte et déboucherait à plus ou moins brève échéance sur le
chaos.
L’expérience de notre propre pays et celle de nombreux
autres pays frères en Afrique et dans le monde montre clairement que dans des
situations de crise profonde comparable à celle que vit notre peuple, il n’y a
pas d’autre issue que celle des négociations et du compromis.
Pour l’UFP, l’exigence politique principale dans la
conjoncture actuelle demeure pour le nouveau régime militaire en place, pour les
partis politiques et pour tous les acteurs de la vie publique, l’ouverture d’une
large concertation sans exclusive en vue de créer un climat favorable à
l’instauration d’un cadre juridique et institutionnel assurant une transition
démocratique dans la stabilité et la concorde nationale.
N’ayant pas réussi à ce jour, malgré tous ses efforts, à
amener l’ensemble des partis de l’ancienne opposition au régime déchu à définir
en commun une ligne de conduite sur une base minimale dans la situation pleine
d’incertitudes que nous vivons actuellement, l’UFP propose à tous les acteurs de
la vie politique, économique et sociale du pays, les mesures essentielles et
urgentes suivantes :
-
L’adoption d’un accord de transition démocratique entre le
nouveau régime et les acteurs politiques
-
la mise en place d’un gouvernement de large consensus
supplantant celui en place dont la corruption, l’incapacité à gérer le
pays et la non représentativité sont notoires.
Ce gouvernement de large consensus devra être représentatif
de la scène publique du pays tant dans sa composition que dans ses méthodes de
travail.
Sous l’autorité du nouveau Conseil militaire, ce
gouvernement de large consensus, dirigé par une personnalité crédible et
intègre, aura pour mission :
-
de gérer les affaires courantes du pays
-
d’organiser un referendum constitutionnel sur les
futures institutions du pays
-
d’élaborer et de proposer au Conseil militaire
l’adoption des lois nécessaires à une véritable normalisation démocratique
du pays.
-
de prendre les mesures nécessaires à la
réconciliation nationale ( amnistie générale, retour des déportés et
réparations requises …)
-
d’organiser des élections libres, démocratiques
et transparentes pour les prochaines échéances électorales.
-
D’assurer le respect de toutes les libertés
démocratiques
3.
Le maintien de l’Assemblée nationale actuelle pour la mise
en forme des lois nécessaires à la période de transition conformément à
l’accord de transition et qui entreprendra les reformes constitutionnelles
nécessaires.
Notre parti estime qu’un
compromis est vital pour le pays entre le Conseil militaire qui devra assumer la
responsabilité de la préservation de la paix, de la sécurité du pays ainsi que
le respect de ses engagements internationaux et le Gouvernement de large
consensus préconisé.
Seul ce compromis permettra de lever l’hypothèque des
conflits d’intérêts et des règlements de compte de toute nature qui risquent de
mener le pays au chaos et de prévenir l’isolement suicidaire autrement
inéluctable de la Mauritanie dans la région et dans le reste du monde.
Nouakchott, le 05 août 2005
La Présidence
Déclaration à
propos du coup d’État du 3 août 2005
Ce mercredi 3 août 2005, au
petit matin, un changement par la force est intervenu au plus haut sommet de
l’État, et une partie, au moins, des forces armées nationales a pris le pouvoir.
Selon les informations dont
nous disposons, aucune mort ne serait à déplorer. L’Union des Forces de Progrès
prend acte de ce fait, et formule le souhait que le sang du peuple mauritanien
continue à être préservé, et que le changement opéré n’ouvre pas la voie à des
violences et à des règlements de comptes préjudiciables aux principes de justice
et aux exigences de paix civile et de normalisation démocratique que les
citoyens mauritaniens appellent de tous leurs vœux.
Depuis plusieurs années,
notre pays vit une crise profonde qui a entraîné une dangereuse instabilité, et
qui a débouché, à deux ou trois reprises, sur des situations de ruptures
violentes.
Soucieuse des intérêts
supérieurs de la Nation, l’Union des Forces de Progrès a, de tout temps,
préconisé la mise en œuvre de réformes consensuelles, dans une perspective de
transition démocratique et pacifique.
L’UFP a toujours proclamé son
opposition de principe aux coups d’État et autres actes violents – quelles que
soient les intentions de leurs auteurs – ainsi qu’aux régimes d’exception, comme
solutions aux crises que traverse notre pays.
Face à la gravité de la
situation, aux dangers dont elle est porteuse et à la nécessité d’une sortie de
crise allant dans le sens des intérêts de la Nation, l’Union des Forces de
Progrès en appelle :
1-
au
respect du cadre républicain de l’État
2-
à la
constitution d’un gouvernement d’union nationale consensuel, de transition,
représentatif de l’échiquier politique, qui aurait la charge d’élaborer et de
mettre en œuvre les réformes qu’exige la situation du pays.
L’UFP lance un appel solennel
à tous les acteurs de la scène nationale, aux partis politiques et aux auteurs
du coup d’État en particulier, afin qu’ils engagent une large concertation dans
cette perspective.
L’UFP exhorte l’ensemble du
peuple et tous les amis de la Mauritanie, à travers le monde, à œuvrer à la
préservation de l’unité nationale, et à contribuer activement à l’instauration
d’une transition démocratique et consensuelle.
Nouakchott, 3 août 2005
La Présidence de l’UFP
|