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- Mémorandum de Janvier


MEMORANDUM
Au
Président du Conseil Militaire Pour la Justice et la Démocratie
à NOUAKCHOTT


Les partis politiques soussignés, ont l'honneur d'adresser le présent mémorandum au Conseil militaire pour la Justice et la Démocratie, afin de lui faire l'économie de leur évaluation du processus de transition politique et institutionnelle, engagé en Mauritanie, à la faveur du changement intervenu le 3 août 2005.
Les partis politiques ont soutenu et soutiennent encore ce changement qui peut ouvrir d'heureuses perspectives pour le pays et le mettre sur le meilleur chemin, celui de la démocratie et du développement. Ils ont également, en dépit de leurs divergences antérieures, accepté d'œuvrer ensemble pour faciliter au Conseil Militaire, la mission qu 'il s 'est librement donné.


Ni les insuffisances constatées au début du processus et qui seraient sans doute imputables au manque d'expérience dans la conduite de telles initiatives, ni la soif de démocratie véritable n 'ont suscité au sein de la classe politique une quelconque manifestation de perfectionnisme ou limité son effort tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, pour démontrer l'opportunité historique du mouvement du 3 août.


Le rôle que les partis politiques mauritaniens ont joué pour accompagner ce mouvement, résulte d'une prise de conscience aiguë de leurs responsabilités et non de calculs partisans ou de considérations ayant des connotations autres que l'attachement aux intérêts supérieurs du pays. Leur participation au processus de concertation leur a permis de mettre l'accent sur les moyens de faire aboutir cette phase délicate de notre histoire, en espérant que puissent s 'améliorer chemin faisant, les approches et les méthodes de celle concertation et que se mettent en place, au fur et à mesure, les instruments appropriés de sa gestion.


Nos efforts accomplis dans ce sursaut national sans précédent, nous ont permis de conduire tant bien que mal, la concertation autour des questions essentielles que sont la mise en place d'une Commission Electorale Nationale Indépendante, la définition d'un calendrier électoral, et l'adoption des principes de base d'une saine gestion de l'Etat. Il s'agit là sans nul doute d'une bonne base de départ, mais le plus important et le plus délicat reste à faire et, pour le mieux faire, il serait indispensable, plus qu'au début du processus, de respecter, maintenant, les règles de la concertation et de définir pour celle dernière, un cadre formel et des procédures claires et efficaces.


Aujourd'hui, nous amorçons la phase la plus délicate du processus de transition avec le début du recensement électoral, un recensement dont chacun sait qu 'il est au centre de toute l'action électorale. Il ne s'agit pas seulement d'une opération technique mais d'une action aux dimensions multiples et dont la bonne exécution renvoie à des impératifs d'ordre administratif, social, économiques et géographiques.
Dans le souci d'entamer cette nouvelle phase, il serait utile de souligner ce qui, de notre point de vue, a constitué une insuffisance dans la phase précédente, pour mieux faire dans l'avenir.


1. La création de la Commission Nationale Electorale est sans nul doute le meilleur moyen de prouver et d'assurer la neutralité du Pouvoir de transition et la transparence des futures élections. C 'est une décision que nous saluons unanimement mais il aurait été de devoir du Gouvernement, de soumettre les projets de textes portant création cette institution, à l'appréciation des partis politiques, pour éviter que ses prérogatives soient ambiguës et qu'elle courre le risque d'être un simple appendice des structures gouvernementales. Aujourd'hui, nous craignons ajuste titre, que les interprétations des pouvoirs dévolus à cette commission, permettent des dérapages et le retour fatal de pratiques que nous espérons définitivement révolues.


2. La recherche du plus large consensus national imposait certes, au début du processus, d'étendre la concertation à l'ensemble des vecteurs de l'opinion, y compris les personnalités susceptibles d'indépendance, les organisations de la société civile et la presse privée. Il était utile de donner, au départ, la preuve d'ouverture en admettant la création de nombreux partis, même si, comme chacun le sait, la prolifération des partis politiques peut présenter de graves dangers à la promotion de lé démocratie.
Aujourd'hui, à moins de vouloir banaliser sciemment les partis politiques, de favoriser le morcellement d'une société dont on connaît le caractère infiniment segmenté et de donner de la démocratie un visage rebutant, il serait indispensable que chaque forme d'organisation respecte la vocation des autres.


3. L'implication de la société civile dans les choix économiques, sociaux, écologiques et scientifiques est une nécessité dont il faut impérativement tenir compte dans la formation des institutions spécialisées, telles que le Conseil Économique et Social, le haut Conseil Islamique, le Conseil National Environnement et Développement etc. Mais son implication dans les choix politiques est à la fois contraire à son statut apolitique et dangereux pour l'exécution de son rôle irremplaçable. Aussi serait-il hasardeux de fonder des décisions politiques sur l'avis des majorités de participants à des consultations, lorsque ces majorités n 'ont pas vocation de connaître le sens et la portée des décisions.


4. Nous avons adressé au Conseil Militaire, une pétition largement signée, pour exposer les raisons pour lesquelles il serait politiquement dangereux, dans le contexte mauritanien actuel, de légaliser les candidatures indépendantes. Notre argumentation pourrait n 'avoir pas convaincu bien que fût objective et sans autre fondement que l'intérêt suprême du pays. Mais en dépit de tout et surtout de la volonté exprimée de maintenir la concertation comme mode de relation entre le Pouvoir et les partis politiques, un décret a été préparé et adopté sans que le Gouvernement ne nous ail consulté ou adressé une quelconque réponse au sujet de notre requête. Nous refusons là également que ce soit une manifestation de mépris ou de renonciation au principe cardinal de la concertation et espérons que, désormais un tel fait ne se répète pas.


5. Nous avons été surpris d'être convoqués par Monsieur le Ministre de l'intérieur, à la. cérémonie de lancement de la campagne de recensement électoral. Nous en concluons donc que nous avons été écartés de l'essentiel et que la Commission Electorale a été dessaisie de son rôle dans ce domaine. Nous refusons de croire que le lancement de cette campagne, avant la discussion des questions essentielles qui s'y attachent, soit le début d'une dérive fatale pour le processus démocratique et pour le pays tout entier. L'on sait en effet, que le recensement électoral n 'est pas une simple opération arithmétique et que les techniciens du Ministère de l'Intérieur le savent bien. Ils savent également que :
La totalité des pratiques électorales antérieures, contraires aux exigences de transparence, résultaient des imperfections du recensement électoral.


Des milliers de citoyens pourraient difficilement rejoindre leur circonscription d'origine, faute de moyens et de temps, pour se faire délivrer les pièces d'identité nécessaires.
D'autres citoyens sont incapables de supporter la charge financière de l'établissement de leurs actes et préféreraient ne pas participer aux élections plutôt que de se priver d'un maigre budget.


De nombreuses personnes présumées mauritaniennes, prétendent encore avoir été privées de la preuve d'identité mauritanienne.
Ce sont là, entre autres, des questions de fond qui dépassent largement le champ d'appréciation de l'administration technique, chargée du recensement et qui auraient dû être débattues au préalable, par les partis politiques, avant d'être soumis à l'appréciation de la Commission Electorale Nationale Indépendante.


L'évaluation que nous faisons de la concertation avec le Pouvoir de transition est, en conséquence, mitigée. Notre insatisfaction partielle est néanmoins modérée par les problèmes pressants auxquels le Gouvernement fait face et par le désir d'aller de l'avant. Mais faut-il rappeler que " celui qui court a besoin de ses yeux " et, pour bien faire aboutir ce processus complexe, il serait indispensable pour le Pouvoir de se concerter avec les partis politiques à propos des questions essentielles qui demeurent posées.


1. Jusqu'ici, les partis politiques ont accepté de se concerter avec le Pouvoir car, dans la foulée des événements, il était nécessaire d'accorder la priorité à la consolidation de l'assise populaire du régime issu du changement du 3 août. Aujourd'hui, la concertation a besoin d'un cadre permanent et d'une procédure qui suppose l'organisation des interfaces, d'autant plus que le nombre de partis vrais ou faux, a considérablement augmenté.


2. Le rôle de la Commission Electorale Nationale Indépendante doit être éclair ci et au besoin redéfini, pour lui permettre de jouer son rôle de médiateur entre les différents acteurs politiques. Sa place par rapport au Ministère de l'Intérieur n'est pas claire et nous craignons qu'elle devienne un instrument de légitimation des pratiques électorales au lieu d'en garantir la transparence. Loin de nous l'idée de mettre la neutralité, la compétence et le caractère consensuel de la CENI, mais nous sommes en droit d'estimer qu 'elle a besoin de compétences techniques dont elle est logiquement dépourvue du point de vue administratif juridique et autre. Le renforcement de la CENI doit donc être l'objet de concertation entre le Pouvoir de transition et les partis politiques.


3. La Constitution donne aux partis politiques la mission spécifique d'organiser l'opinion politique des citoyens. Les lois autorisent ces derniers à créer des partis et leur interdisent de recevoir des aides extérieures contrairement aux organisations de la société civile qui, elles sont apolitiques et peuvent financer leurs projets sur des financements extérieurs.
Les syndicats doivent se cantonner à la défense des intérêts matériels et moraux de leurs adhérents. Il serait donc dangereux de faire jouer aux associations, aux syndicats et aux coopératives, un rôle politique car les confréries religieuses qui sont autrement plus populaires et plus ancrées dans la tradition, peuvent revendiquer ce rôle et mettre l'Etat en péril. Cet ensemble d'éléments appelle à mettre les organisations de la société civile à l'écart du débat politique.


4. Le problème des candidatures indépendantes demeure posé et doit faire l'objet de concertation entre le Pouvoir de transition et les partis politiques. Il ne s'agit pas à propos de cette question d'un débat juridique même si l'on peut se prévaloir de la nécessité de justifier la restriction de la règle générale de liberté pour des motifs d'ordre sociologique, historique, culturel et social. Il s'agit en effet, d'un débat sur l'opportunité politique dans le contexte actuel du pays. Abstraction de la nécessité de substituer les partis aux organisations traditionnelles dont on connaît les mérites et les anachronismes, les candidatures indépendantes peuvent aiguiser les conflits locaux, favoriser l'émergence d'un parlement composé d'individus et non de groupes ayant un réflexe collectif et pouvant réfléchir aux problèmes à l'échelle nationale. En tout état de cause, les partis politiques dégagent toute responsabilité en cas d'émergence d'un parlement dominé par quelques tribus, et où, ni les couches sociales déshéritées, ni les groupes traditionnellement satellites ne figurent.


5. S'agissant de la gestion des grands problèmes nationaux, les partis politiques, sans avoir un désir particulier de participation à l'expédition des affaires courantes à laquelle le Gouvernement semble s 'atteler, constatent que certains problèmes dont la gestion pourrait engendrer des effets néfastes jusqu 'au-delà de la période de transition, ne leur sont pas expliqués. Cette compréhension du mandat du Gouvernement de transition, ne semble pas la meilleure pour les partis politiques. Il en est de même pour ce qui concerne les critères de sélection des cadres ayant en charge la gestion de ressources nationales stratégiques ou présentant pour le pays un intérêt capital.


Les partis signataires


- Alliance Populaire Progressiste
- Front Populaire
- Parti du Renouveau Démocratique
- Parti Sawab
- Rassemblement pour la Démocratie et l'Unité
- Rassemblement des Forces Démocratiques
- Rassemblement pour la Mauritanie
- Union Pour la Démocratie et le Progrès
- Union des Forces de Progrès

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