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Une transition concertée pour une alternance consensuelle Par Lô Gourmo Abdoul, secrétaire national aux affaires internationales chargé de l'émigration de l'UFP (Nouakchott-Info quotidien n° 871 du lundi 31 octobre 2005) Les journées nationales de concertation qui viennent de se dérouler à Nouakchott [les 25-26-27-28 et 29 octobre ] marqueront sans aucun doute, très profondément l'histoire de notre pays et constitueront une étape importante dans sa longue marche pour rattraper son retard dans de nombreux domaines de la vie économique et sociale moderne et pour s'engager réellement dans la voie d'un développement national indépendant et ouvert sur le reste- du monde. Cet objectif général rencontre l'adhésion de la grande majorité du peuple, de l'essentiel de la classe politique et de la société civile et du soutien de nombre de pays et institutions internationales de par le monde. Pour sortir notre pays de son état d'arriération, capitaliser ses atouts non négligeables en matière de ressources matérielles, humaines et spirituelles et se concentrer sur l'essentiel, à savoir l'œuvre d'édification nationale et sociale, la modernisation de nos institutions politiques demeure la clé de voûté, le fondement de toute initiative ou démarche sérieuses. C'est donc vers elle que doivent tendre, tout naturellement, tous les efforts de la patrie dans la période actuelle, en résolvant, étape par étape, et dans un constant esprit de compromis, les contradictions et les difficultés qui se dressent sur notre voie ou qui ne, manqueront pas de surgir tout au long de ce long processus. Il va s'en dire que cette modernisation des institutions ne se ramène pas, ou pas seulement, à la reforme du cadre constitutionnel en vigueur, à un toilettage des institutions pour les rendre plus étincelantes au plan normatif. Ce constitutionnalisme formaliste ne mènerait à rien sinon à une plus grande déception collective encore, comme le montre l'expérience de ces quinze années, de "démocratisation" constitutionnelle. Il s'agit, en fait, de créer de nouvelles conditions globales, politiques, juridiques et institutionnelles aptes à affermir une nouvelle approche de la vie politique, une nouvelle façon de gérer notre maison commune, dans une ambiance dénuée des particularismes de toute nature qui ont largement entamé ses fondations au cours de ces dernières décennies et compromis l'unité des membres de notre grande famille. Tel devrait être l'objectif stratégique des patriotes de toutes nos nationalités. La claire conscience de cet impératif devrait entraîner en conséquence, de la part des partis politiques comme de la société civile, une conception moins individualiste, moins dogmatique, de l'alternance que va immanquablement consacrer la fin de la transition transition concertée en cours. Le cadre général de la transition est désormais balisé comme l'indiquent clairement les justes conclusions des journées de la concertation - véritable Conférence nationale quasiment souveraine - qui viennent de se tenir, à Nouakchott dans une ambiance remarquable, à tous égards. La classe politique et la société civile, toutes tendances et nuances confondues, et en présence des représentants de la communauté internationale, en particulier ceux des institutions qui nous sont les plus proches (Union Africaine, UMA, ACP etc.) ont débattu, sans aucun tabou, et dans la liberté la plus complète, de toutes les questions susceptibles d'aider à la solution des problèmes et difficultés liés à la transition, en vue de rendre possible une alternance véritable, dans la paix civile, la concorde nationale et la solidarité de nos frères et amis du reste du monde. Le débats en plénière et dans le différents ateliers ont permis à tous de s'exprimer avec franchise sur un ordre du jour particulièrement riche, [proposé par les autorités, sans que ne soient limitées les possibilités pour les participants, de l'enrichir encore plus ou de l’amender- ce qui a, du reste, été largement le cas. Durant ces quatre jours, la Conférence Nationale a redressé la barre d'une approche jusqu'alors quelque peu consultative des rapports entre acteurs de cette transition, pour établir celle d'une concertation élargie, avec l'objectif clairement affirmé d'un consensus renforcé, pour réussir la transition. Les propositions adoptées après amendements tournent autour du principe que les reformes en cours doivent avoir pour axe l'établissement des conditions d'une authentique compétition lors des élections à venir et l'instauration de garanties de non retour au despotisme ou à la manipulation des institutions de la République, sans remettre en cause l'économie générale actuelle de ces dernières jusqu'à l'élection prochaine des nouvelles et légitimes autorités de l'alternance. t Néanmoins, l'esprit général de compromis et le choix de la souplesse d'esprit dans la direction des travaux par les autorités actuelles ont permis à la Conférence d'aborder certaines questions connexes dont l'abord et la solution devraient permettre de renforcer le consensualisme et d'élargir davantage la base populaire du processus de transition. Sur le fond, les rapports traités dans les ateliers et remis aux autorités ont reflété cet esprit de compromis en restituant les points d'accord les plus larges et, aussi, les opinions même minoritaires exprimées, en partant de l'idée que ''toutes méritaient un égal respect et une égale attention de la part des décideurs actuels, même si le consensus devra évidemment primer sur le point de vue au moins momentanément minoritaire. Des questions fondamentales pour l'avenir immédiat et futur du pays ont ainsi pu être abordées et analysées sans restriction, dans un esprit de franchise et de sérénité, à mon humble connaissance, sans précédent dans l'histoire moderne du pays. Ce n'est pas nous auto encenser ni vouloir taire les nombreuses lacunes qui subsistent encore en notre sein dans la voie de la normalisation et de l'assainissement de la vie publique que de dire que l'ensemble des acteurs politiques, économiques et sociaux présents à cette grande rencontre ont été à la hauteur de l'événement et ont répondu aux exigences historiques du moment : esprit de dialogue, sens de la responsabilité et désir ardent de compromis national démocratique sur les grandes questions de l'heure. Justice, bonne gouvernance, reformes constitutionnelles transitoires, préalables et processus électoraux, rien de ce qui porte la marque des préoccupations des uns et des autres n' a été laissé en reste ou n'a été évité, dans des joutes oratoires souvent pleines de vigueur mais toujours empreintes d'une sereine volonté de convaincre et de rechercher en même temps un large accord. C'est l'esprit de toute transition véritable et il ne saurait être ce faisant, ni radical ni dogmatique. On l'a vu tout particulièrement dans l'examen de la question essentielle liée à la détermination de l'identité de notre pays en relation avec la question nationale et dans celui du traitement du passif humanitaire, spécialement l'exigence du règlement de la situation des déportés déjà revenus au pays et ceux qui restent encore scandaleusement confinés dans les camps de réfugiés à quelques mètres de la mère-patrie. S'il n'est pas du ressort des autorités actuelles, non élues par le peuple, d'engager le pays dans des débats nationaux structurels qui engagent notre avenir à long terme, au risque de fausser l'esprit et la lettre de leurs engagements initiaux minutieusement circonscrits à la seule mission de rendre possible une authentique alternance, elles ne pourraient néanmoins s'abstenir de lever certaines hypothèques liées à l'expression même du suffrage universel ou à l'effectivité dans la jouissance de leur citoyenneté comme la participation de nos nombreux compatriotes à l'étranger ou celle de ces déportés. Voilà pourquoi les participants ont-ils retenu de faire figurer ces points parmi les demandes nouvelles à soumettre au Gouvernement et au CMJD. S'agissant plus particulièrement des déportés, il va de soi que c'est moins du principe de leur retour [ chose admise par M. Maawiyya Ould Taya lui même depuis longtemps) qu'il s'est agi de mettre en exergue que de l'organisation par notre Etat, responsable juridique, politique et moral de cette honte nationale, de ce retour. Last but not least, les participants, tout en renouvelant leur confiance et leur sincère soutien à l'orientation des nouvelles autorités, ont entendu s'assurer collectivement du suivi de cette transition par la pérennisation de la concertation à travers un cadre structurel à mettre sur pied et à travers lequel les acteurs de la vie politique pourraient poursuivre leurs échanges, approfondir certaines questions liées à la transition ou à l'alternance proprement dite sans parler de la nécessité pour eux d'être tenus informés des efforts fournis pour la mise en œuvre des justes conclusions et demandes des participants. Il est remarquable de constater que loin d'être- prises au dépourvu par de telles demandes et rompant avec la tradition établie consistant à avoir toujours le dernier mot en tout, les nouvelles autorités, M. Ely Ould Mohamed Vall en tête ont clairement exprimé leur ferme volonté de respecter les justes conclusions convenues et les propositions connexes énoncées plus haut. C'est bien un esprit politique nouveau qui s'instaure graduellement dans le pays et qu'il importe de cultiver avec soin Là est l'avenir de la Mauritanie. Mais il ne suffit pas de réussir, sur le papier et dans les esprits, cette transition. Encore faudra t-il préparer, au mieux des intérêts de notre pays, la situation qui résulterait de l'alternance proprement dite. L'expérience prouve que lorsque les principaux acteurs de la vie politique ne s'attachent pas à privilégier les intérêts généraux du pays sur les leurs propres, les intérêts à long terme sur ceux du moment, l'esprit d'unité sur celui de la division, les risques d'une instabilité sont toujours réels et sérieux, même si, formellement, l'alternance proprement dite aurait été un succès comme au Sénégal frère. Outre le fait qu'une fixation unilatérale sur l'alternance peut entraîner certaines dérives dans le comportement des acteurs politiques ( situation tragiquement exemplaire de la Côte d'ivoire] et nous faire perdre le bénéfice de cet acquis considérable de la transition qu'est le sens du compromis et de la cohésion nationale [retour aux discours démagogiques musclés, apologies identitaires ou sectaires, magouilles à la petite semaine et petitesse d'esprit], il y a lieu de considérer que la lutte pour l'alternance n'a de signification pour le pays que si elle débouche sur une situation qualitativement supérieure à celle qui prévaut actuellement du fait de divers héritages du passé (colonialisme et néocolonialisme, autoritarisme nationaliste, despotismes militaires et démocratie de pure façade...]. Ce qui importe dans l'alternance c'est de créer une nouvelle situation favorable à l'épanouissement des énormes potentialités économiques, politiques et sociales du pays, dans une atmosphère de liberté et de discipline de travail à la fois. Pour ce faire, la clé du succès demeure encore et toujours l'unité la plus large de la nation, s'exprimant à travers la coalition politique la plus large possible et la plus solide possible autour de ce vaste programme de reformes de modernisation du pays. C'est donc un très vaste chantier, un chantier titanesque qui s'ouvre au pays tout entier et non pas seulement à tel ou tel des fractions politiques, économiques et sociales qui le composent. Pour faire face à un tel défi, ce qui va être déterminant c'est la qualité de nos hommes et femmes politiques, leur civisme et celui de nos hommes et femmes d'affaires et de la société civile ainsi que leur capacité à inspirer les larges masses populaires, par leur souci intransigeant d'assurer la bonne gouvernance et de rompre avec la corruption, la dilapidation des biens publics, le gaspillage et le bradage de nos précieuses ressources, les différents particularismes et l'intolérance. Cette approche ne remet nullement en cause la compétition pluraliste électorale et le devoir des partis politiques de prendre leur responsabilité en matière de ligne politique pour gagner les prochaines élections. Mais elle relativise la portée des confrontations en les maintenant dans des limites acceptables, leur but final étant de permettre au peuple de choisir celui qu'il considère comme les meilleurs de ses fils du moment. A ces derniers alors de concevoir leur élection comme un mandat pour réaliser les aspirations profondes de ce peuple. Il s'en suivra immanquablement de la part des plus conscients d'entre eux, la recherche du compromis pour définir la voie la meilleure pour une commune gouvernance du pays. Telle est ma conviction la plus profonde des rapports entre transition et alternance dans les conditions historiques actuelles de la Mauritanie. Telle est la suite logique de la ligne stratégique du dialogue préconisée dans la solitude la plus complète par l'UFP de longues années durant et qui aujourd'hui semble constituer la base de l'accord le plus large de la classe politique, économique et sociale du pays. |
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