Edito de Ould Oumère
Rideaux sur les concertations autour d’une révolution tranquille (La Tribune n°278 n du 31/10/05 au 06/11/05 )
Edito de Ould Oumère ‘Je vous invite à prendre le thé avec nous. C’est autour du thé que tout se discute traditionnellement. C’est là qu’on trouve les solutions aux problèmes posés’. Ces mots par lesquels le colonel Eli Ould Mohamed Val a conclu son discours de clôture des journées de concertation, ces mots ont brisé une chape, un mur qui s’était dressé entre les Mauritaniens et leurs dirigeants. Mais il n’y a pas que ça. En choisissant de parler désormais Hassaniya, le colonel Eli Ould Mohamed Val fixe ses marques et lance son label. Pas besoin d’être guindé et de subir l’atroce épreuve de lire un discours qui finit vite par devenir impersonnel. Si l’objectif est de faire passer un message, il faut le faire le plus simplement possible et en s’adressant aux populations sans exclusive. Un Hassaniya simple doit être compris par une grande majorité des citoyens. Surtout que son auteur n’est visiblement animé que par une sincère volonté de communiquer. Cela rompt complètement avec Ould Taya, très introverti et toujours très vague dans ses propos. Autant avec lui, l’entourage est crispé, autant avec son successeur la sérénité règne. Autant le premier sait communiquer sa frilosité et sa crispation, autant le second sait détendre et ‘humaniser’ l’atmosphère. A l’ouverture déjà, le colonel Ould Mohamed Val avait surpris en reprenant la parole pour commenter le discours, très applaudi du reste, du représentant des ambassadeurs des ACP. Celui qui avait demandé à l’Union Africaine et aux autres organisations de suivre la Mauritanie dans ses efforts de démocratisation. Le président du CMJD avait tenu à dire quelques mots de remerciements tout en rappelant que ‘les ACP, c’est essentiellement l’Afrique’. Message non reçu par l’UA, parce que le lendemain, le président de la Commission africaine, Alpha Oumar Konaré se fendait d’une déclaration mal perçue par les Mauritaniens. Les amitiés du malien avec Ould Taya l’ont toujours rendu suspect aux yeux des Mauritaniens qui l’ont vu se démener pour ‘le retour de l’ordre constitutionnel’ dans leur pays. Ce qui est compris ici comme la recherche du retour de l’ami Taya. C’est pourquoi ses déclarations ont été l’occasion de plusieurs réactions. Heureusement d’ailleurs, parce que Konaré a dû rectifier le tir à travers une déclaration de samedi. Son envoyé spécial a fait un discours satisfaisant à la clôture. ‘Je reviens à Addis-abeba avec cette image d’une Mauritanie en pleine renaissance’, a-t-il conclu son discours. Durant les quatre jours d’ateliers et de plénières, les ministres sont restés à la portée des intervenants. De quoi démystifier un peu sainement cette fonction. Il y en a qui ont brillé, d’autres qui l’ont moins et enfin quelques-uns qui ont révélé leur insuffisance. La révélation des journées aura été Habib Ould Hemett, ministre secrétaire général de la présidence. Il a dirigé en maestro toutes les plénières, faisant preuve d’ouverture et de patience, interpellant chacun par son nom, et exposant sa parfaite maîtrise des dossiers de la transition. Même pour ceux qui le connaissaient, Ould Hemett a été une découverte. Confirmés comme les Professeurs Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Saleh et Ahmed Salem Ould Bouboutt. Le premier a dirigé l’atelier sur les réformes constitutionnelles et la révision des textes. Il a su imposer son style fait d’efficacité et de perspicacité. Si bien qu’aucun dérapage n’a eu lieu dans cet atelier pourtant sensible. Ould Bouboutt quant à lui avait en charge le rapport général. Dans la thématique de la transition, il aura fait la preuve de tout son savoir-faire. Le clou des journées en matière d’atmosphères aura été la présence de ‘la vieille’ génération, celle de l’indépendance et de la décennie suivante. Si la Mauritanie dont le projet a été conçu et mis en œuvre par l’équipe de Mokhtar Ould Daddah, a entre-temps perdu la boussole, elle semble aujourd’hui retrouver le chemin avec la reprise de contact entre les générations successives. J’en suis sorti personnellement avec ce sentiment de fierté d’être ce que je suis : un mauritanien. Un sentiment que je n’ai pas eu depuis longtemps.
Rideaux sur les concertations autour d’une révolution tranquille Les rideaux sont tombés sur les journées de concertation nationale autour des rapports rendus par les différents comités interministériels. Ces comités mis sur pied au lendemain de l’accession du CMJD au pouvoir et de la mise en place d’un, gouvernement de transition, ont réfléchi deux mois durant sur les nouveaux textes à proposer pour une nouvelle Mauritanie.
Ainsi, Bonne gouvernance, Justice, processus de Transition ont fait l’objet d’un examen approfondi de la part de plusieurs centaines de personnalités de la société civile et de la classe politique nationale. Du côté de la Bonne Gouvernance, les trois ateliers ont porté sur les sujets relatifs à l’administration publique et la décentralisation ; à la valorisation de l’intérêt national ; l’amélioration du statut des agents de l’état ; aux marches publics ; aux droits humains et à la société civile…Les participants ont suggéré une réécriture du texte fondamental pour y inclure 14 droits fondamentaux. A savoir : égalité de droit à la vie, ainsi qu’à la liberté et l’inviolabilité de la personne, liberté de circulation, protection de la vie privée, liberté d’expression, liberté de réunion et d’association , de droit de vote et de participation, protection des biens, droits culturels, droit au travail et a la liberté d’entreprise, droit a la sécurité sociale, responsabilité à l’égard de l’environnement , protection juridique et la garantie du respect des droits fondamentaux concernant la protection de l’enfant et l’élimination des violences contre la femme. Le rapport préconise la création de centres de formation professionnelle et de réinsertion des enfants n’ayant pu achever leurs études scolaires afin que chacun d’entre eux puisses acquérir un métier,la vulgarisation et l’application effective des textes juridiques et conventions sur les droits de la femme, la révision des textes nationaux et leurs harmonisation avec les conventions internationales et sous régionales ratifiées par la mauritanien et relative aux droits de la femmes, en particulier la convention internationale de lutte contre toute forme de discrimination a l’égard des femmes, l’application effective des textes interdisant le travail des enfants. Concernant la société civile, les participants ont souligne la nécessite de définir le concept de société civile et sa contribution au développement du pays précisant qu’elle ne doit pas se limiter aux organisations non gouvernementales mais inclure aussi les syndicats, les organisations professionnelles, les organisations de défense des consommateurs et les personnalités indépendantes. A propos de la protection des personnes handicapées, les participants ont proposes l’adoption d’une législation pour la promotion et la protection des droits humains spécifiques aux personnes handicapées leur permettant de jouir des mêmes droits que les autres citoyens, le renforcement des programmes de lutte contre la mendicité et la mise en place de programmes d’insertion des personnes handicapées a travers la facilitation de leur accès a la micro finance et la prise en compte de la dimension personnes handicapées dans tout les programmes sectoriels de l’état. Concernant les travaux des ateliers sur le processus de transition démocratique, il a été question entre autres sujets débattus des élections, du calendrier électoral, des missions de la commission nationale électorale indépendante.
Le modérateur de l’atelier sur le processus électoral, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, a fait le point des idées discutées lors des échanges au cours de l’atelier relevant en particulier un consensus sur les questions essentielles inscrites à l’ordre du jour : choix entre l’actualisation des listes électorales de 2001 et l’organisation d’un nouveau recensement administratif à vocation électorale. Sur cette question les participants ont opté pour un nouveau recensement censé lever à leurs yeux les doutes et suspicions et servir de base saine pour l’organisation d’élections libres et transparentes. Au sujet de, l’échéancier électoral, les participants ont tous été unanimes pour dire que le calendrier proposé par le comite interministériel était logique et acceptable. Ils ont émis le souhait de voir jumeler, dans la mesure du possible, les élections parlementaires avec les municipales. En ce qui concerne le troisième point, ils ont appuyé la proposition consistant a demander aux partis politiques de présenter des propositions écrites a la commission chargée du processus de transition qui les étudiera et les transmettra au ministère de l’intérieur. Pour sa part, Baro Abdoulaye, rapporteur de l’atelier sur la commission nationale indépendante (CENI), a brossé les grandes lignes de ce rapport relevant que les participants ont passe en revue l’expérience des “CENI” a travers l’Afrique avant de choisir un modèle tenant compte des spécificités de la mauritanie. Les discussions de cet atelier dit-il se sont déroulées dans une atmosphère de sérénité, d’ouverture, de franchise et de tolérance. De même, le document propose par le comite interministériel constitue une expertise de qualité ce qui a facilite le travail de l’atelier. Les participants ont passé en revue le processus électoral, sa composition, ses modalités d’exécution et l’indépendance qui doit entourer ses acteurs en plus des quotas réservés aux femmes. La CENI aura a proposer, elle- même, les membres composant ses structures décentralisées a l’intérieur du pays en toute autonomie. L’atelier sur les textes a fait selon le, rapporteur Mohamed Mahmoud Ould Mohamed Salah, l’objet de débats francs et responsables. Ainsi les discussions ont porté sur la réforme constitutionnelle et la refonte subséquente des textes qui en sont consécutifs. De même, la révision constitutionnelle a fait l’objet d’un consensus : le mandat présidentiel sera de 5 ans, renouvelable une seule fois, l’engagement à ne pas changer cette disposition de la constitution sera introduite dans la prestation de serment. Ce qui veut dire que l’article 104 sera révisé comme d’ailleurs tous les textes non conformes a la constitution. Quant aux commissions chargées de réfléchir sur les travaux issus du rapport du comité interministériel chargé de la réforme de la justice, elles ont de l’avis du ministre de la justice adopté et enrichi le rapport. Rapport qui aux yeux de Mahfoudh O. Bettah aura valeur de document expressif d’un consensus national sur les politiques devant être suivies en matière de reforme de la justice et de redynamisation de ce secteur pour lui permettre de mener a bien la mission qui lui est dévolue : assurer la justice et l’équité, préserver les droits de l’homme, matérialiser l’état de droit et préserver la sécurité et la stabilité. L’indépendance de la justice, a fait l’objet d’un atelier qui a suscité l’intérêt de la part des participants dont le nombre était supérieur à 80.
A noter que le président du CMJD, chef de l’Etat Eli O. Mohamed Vall avait, à l’ouverture des travaux de concertations sur les rapports, avait prononcé un discours dans lequel il a rappelé : « “nous entamons aujourd’hui une nouvelle étape de la vie politique de notre pays qui était marquée depuis son indépendance jusqu’à ce jour, soit 45 ans de vie politique, par une gestion politique des affaires où le citoyen mauritanien était absent. » Ceci pour montrer aux 500 participants l’intérêt ou mieux la portée historique d’une action dont il est l’artisan depuis le 3 août. :Il ajoute : « Aujourd’hui, nous sommes parvenus à l’heure décisive pour le pays; ou bien nous menons nos affaires efficacement de manière à garantir son salut et à lui restituer son image vraie, à ouvrir devant lui des perspectives prometteuses ou alors c’est l’échec et le retour aux anciennes méthodes qui nous ont mené, comme je l’ai dit, au pire. C’est ainsi que le pays, pour la première la fois de son histoire, connaît cette concertation entre les différents acteurs politiques, les organisations de la société civile, le gouvernement et le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie, où tous se rencontrent autour d’une seule table pour discuter des affaires de leur pays et décider, de manière indépendante et servant leur nation, le profil de l’Etat et la quintessence du système politique qui sied à la Mauritanie et est de nature à lui faire retrouver la place qui lui revient, système où le citoyen a le dernier mot. C’est l’élaboration d’un projet d’une société mauritanienne apte à gérer ses affaires aujourd’hui, demain et pour toujours d’une manière convenable pouvant résoudre tous les problèmes de la patrie sans exception qui nous a amené à proposer cette rencontre et cette concertation.» Synthèse KD
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